Game Inferno

Dans l'enfer du jeu

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Une question de choix

Si vous me lisez depuis le début (surtout l’article sur les indés en fait) vous devez savoir que je ne suis pas un joueur PC.
Vous savez ce vieux truc du « dans une console tu mets le CD/La Cartouche/Le Bordel qui contient le jeu » et PAM ça marche » (si tu mets le support dans la bonne console bien sûr, faire marcher une cartouche N64 dans un PC Engine relève du mystique).
Alors que sur PC, tout est affaire de configuration. Mon Processeur tiendra-il le coup? Ma carte graphique est-elle assez puissante? Ai-je assez de RAM dans mon bouzin pour faire tourner le dernier jeu utilisant le moteur Forzebit 4?

SW BattlefrontQuand j’étais môme, dans mes folles années où je ne savais pas encore trop ce qu’était le Jeu Vidéo, j’étais pourtant un joueur PC.
J’ai fait mes premières armes sur Heroes Of Might & Magic II, sur Grim Fandango et autres Counter-Strike Condition Zero.
Mais comme dans tout drame de vie qui se doit d’être conté, il y eut un traumatisme, et son nom s’écrit encore en lettre de flamme dans mon esprit.

Je n’avais pas de console à l’époque et toute notion de processeur et carte graphique m’était étrangère. Naïvement je pensais que, comme pour une bête console, il suffisait de mettre un jeu dans le PC, de l’installer et on pouvait passer de folles heures à s’amuser dans l’insouciance de l’ignorance. Mais voilà, tout ça ce n’était que du vent.

Vous vous en doutez, le jeu n’a jamais tourné sur le PC Continental Edison Windows XP Familial que mes parents avaient acheté. Dès lors, le jeu sur PC devint une sorte de tabou pour moi, ne comprenant toujours pas, même après cet épisode, pourquoi le jeu avait refusé de me laisser l’approcher, de me laisser m’amuser et rire. Pourquoi s’était-il obstiné avec dédain à me renvoyer sans cesse à l’écran du bureau Windows dès que j’essayais de lancer une partie ?
Et puis j’ai grandi, et à la manière d’un adolescent qui découvre sa sexualité, j’ai compris que tous les PC ne se valaient pas. Qu’une PlayStation 2 pouvait faire tourner tous les jeux développés pour cette plateforme mais que le PC gardait jalousement en son sein le progrès technologique qui lui permettait ainsi de refuser tel ou tel titre, sous le prétexte grotesque que la mémoire vive n’était pas suffisante.

PCAinsi me suis-je donc contenté de PC bas de gamme, de sous marque n’arrivant que sous la menace physique à faire tourner des émulateurs pourtant peu avare en configuration.
Adieu même Counter-Strike, que mes deux ordinateurs eMachines refusaient maintenant de faire tourner, alors qu’ils étaient plus récents d’au moins 6 ans. Nouvelles règles… Les ordinateurs portables, ça ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière que les PC fixes.

Aussi me suis-je donc petit à petit « fermé » au monde du PC, gardant pour lui une jalousie honteusement grimée en amertume, un sentiment d’abandon de la part de certains développeurs rechignant à publier leurs jeux sur mes chères consoles de salon.

 » M’enfin disais-je, pourquoi diable ne publient-ils pas également leurs jeux sur console? Ça ne doit quand même pas être si compliqué quand on est un développeur digne de ce nom. Un simple portage et voilà tout le monde peux y jouer  » pensais-je, naïf et inculte de ce milieu que je découvrais. Ce n’est pas si simple pour un petit développeur de porter son jeu sur une console….

Et ces jeux indés qui n’en finissaient plus de me faire de l’oeil alors qu’il m’était impossible d’y jouer. Stanley Parable, Hammerwatch, The Binding Of Isaac, Amnesia et j’en passe… Si j’eusse été pauvre, il m’aurait suffi de les pirater, en mauvais consommateur que je suis. Flibustier du torrent mais pleinement satisfait de mes extraordinaires jeux indés… Mais le souci n’était pas (uniquement) monétaire, c’était le matériel le problème…

Mais comme dans toute histoire qui se doit d’être raconté, l’illumination vint à moi, caressant ma joue de ses divines phalanges.
Pour la réalisation de projets personnels, il me fallait un nouveau PC. Diantre (les pirates, cette manie), quitte à en acheter un nouveau, autant en prendre un qui a de la gueule. À la base seulement prévu pour faire du montage, je me résignais à dépenser quelques deniers de plus pour en choisir un doté d’une Nvidia (carte graphique à laquelle je ne connais rien, mais quand il y a plein de chiffres après le nom, ça impressionne le chaland).

Me voici donc avec mon nouvel ordinateur tout neuf quand la peur me saisit de nouveau… Et si ces jeux auxquels je veux tant jouer rechignent eux aussi à me laisser m’amuser? Si ce PC refuse de m’apporter le bonheur? Je file sur Steam, que je découvre au passage, et je m’empresse d’acquérir The Stanley Parable (on me l’offre en fait mais c’est du pareil au même).
Je le télécharge, l’installe et le moment tant redouté arrive : le double-clic sur l’icône qui décidera de mon avenir psychologique pour le mois à venir.

Et le miracle eut lieu… Le jeu se lança et je pus profiter de ce bijou de narration.

Mais tel un Pantagruel à la fin insatiable, à peine le jeu terminé que j’en voulais plus… Cette plateforme qu’est Steam n’est-elle pas censée solder ses jeux à tour de bras? N’ai-je pas entendu parler de promotions si incroyable que le Xbox Live en rougit de honte (lui qui n’en fait que rarement, des promos valables).

Sale Tim - SteamMais il restait toujours cette question sans réponse : ce jeu fonctionnera-t-il? Ma machine me permet-elle de pousser le nouveau Battlefield dans ses derniers retranchements graphiques?
La réponse vint elle aussi sans fioriture : « Can You Run It ». Fini les soucis de compatibilité, on entre le nom du jeu et le site vous dit illico si votre config est viable.
Mais tout cela n’est pas aussi simple. Ainsi, l’excellent Beat Them All Deadpool, boudé par la critique, n’était pas censé fonctionner sur mon PC, mon processeur étant trop lent d’après l’évangile selon Can You Run It. Pourtant qu’elle ne fut pas ma surprise de le voir tourner sans problème, constatant seulement un petit crash du jeu au bout d’une heure mais passant les nombreuses suivantes sans problème.

Me voici donc, Capitaine (ça suffit les pirates là) de ma machine portable. J’ordonne et elle exécute, je profite pleinement de parties endiablées de God Mode, de Papers Please & autres jeux qui me semblaient pourtant inaccessibles…
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais lorsque je fis la demande, toute innocente et candide, a un ami de me rejoindre sur God Mode, j’eus cette phrase qui ne m’a pas semblé, sur le coup, si importante mais qui prend un sens tout particulier au regard de mon expérience de joueur. Avant même d’attendre sa réponse, me rappelant que cet ami ne pouvait pas jouer sur PC à cause d’un choix malheureux de machine trop peu équipée, j’ai déclaré : « ah non, c’est vrai que toi tu ne joues pas sur PC« .

Que m’était-il donc arrivé? Moi qui découvrais à peine le monde merveilleux du jeu sur ordinateur, je me posais déjà en conquérant, jugeant du haut de mon processeur au mode Turbo, qui était digne ou non de jouer sur PC ! Quelle ironie !

Aurais-je donc changé si vite ? Me serais-je laissé emporter par une vanité nouvelle qui me poussait à railler mes semblables incapable de faire tourner les jeux les plus basiques ? Étais-je donc devenu parti intégrante d’une communauté PCiste dont les plus ardents défenseurs se plaisent à troller allégrement les consoles et leur absence de titres subversifs/originaux/indés [insérez d’autres arguments de joueurs PC pour dire que les consoles c’est de la merde].
Moi qui pourtant passe 90% de mon temps de jeu sur console (en témoigne le marathon que je viens de faire, consistant à terminer le chouette Resident Evil : Revelations en 2 jours avant de m’attaquer au non moins sympathique Assassin’s Creed IV : Black Flag).

Toujours est-il que cette réflexion a fait germer en moi une logique qui est pourtant bien connu chez les joueurs PC. S’il n’y a pas de réelle supériorité d’un support à l’autre (en faisant abstraction du modding sympatoche, des textures HD 1080 et du 60 FPS que l’oeil humain est à peine capable de discerner), force est de constater qu’en se cantonnant seulement aux consoles de salon, on peut très facilement passer à côté de jeux extrêmement intéressants et se forger une culture unidirectionnelle du Jeu Vidéo.

Mario vs Sonic

Si dans les années 80/90 c’était compréhensible de ne pas jouer à Mario si on avait une Méga Drive, déjà parce que le marketing de l’époque visait à séparer les joueurs Sega/Nintendo et aussi parce que quelques centaines de francs la console supplémentaire c’est assez chaud… Puis bon, allez dire à vos parents que vous voulez une Super NES en plus d’une Méga Drive… « Une console ne te suffit donc pas enfant idiot que tu es ? » Il faut se dire qu’aujourd’hui, une écrasante majorité des foyers français sont dotés d’un ordinateur et que c’est bien dommage quand on est joueur, de penser économiser quelques deniers sur le choix d’un PC basique, en se disant naïvement qu’on jouera à tel ou tel jeu plus tard, alors qu’un « consoleux » sait bien, au fond de son coeur meurtrit que les chances pour lui de voir ces jeux arriver sur consoles sont inférieurs à la probabilité de se faire manger par une Taupe Garou…

Et ne voyez pas là un discours élitiste. Je défendrai toujours bec et ongle une console de jeu, parce que c’est comme ça, je suis un joueur console. Cependant, l’achat de ce PC m’a tout de même apporté une bouffée d’oxygène dont je n’avais pas conscience d’avoir besoin. D’ailleurs, en avais-je réellement besoin? C’est tout simplement de la diversification… Ai-je besoin d’acheter deux marques de tabac différentes ? Non, mais je le fais quand même, car c’est toujours plus sympa de se dire qu’on a du choix.

Sur ce n’oubliez pas, comme le disait si bien Franck Guillaume, que le jeu vidéo c’est avant tout du jeu.

Jouez Bien. Jouez Plein. Paddle à tous.

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