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Difficulté de piratage, bon ou mauvais ?

SkullPirates

Depuis mercredi, plusieurs sites anglophones le mentionnent: les jeux sont de plus en plus difficiles à cracker (entendre ici pirater un jeu pour le rendre jouable sans le payer, donc sans clé officielle) ici, ici et ici. D’après eux, d’ici deux ans, il n’y aura plus moyen de pirater des jeux, cela sera trop difficile. En tant que développeur de jeux, je m’en réjouis, mais en tant que joueur, c’est tout autre chose. Mais pourquoi donc ? Laissez-moi vous expliquer.

Le bon

D’un coté, avoir des jeux de plus en plus difficile à cracker c’est bien. Oui, il faut être honnête, créer un jeu ça coûte. Ce n’est pas avec les sommes indécentes que l’on peut voir sur Kickstarter que l’on va faire un jeu. Oui, indécentes, car beaucoup trop basses. Je m’explique.

Vous pouvez parfaitement faire un jeu pour rien du tout, du moins, vous pouvez penser que c’est pour 0€. Mais, sachez-le, même votre temps vaut quelque chose, et puis, l’électricité utilisée pour alimenter le PC sur lequel vous codez, et votre loyer, nourriture, internet, aussi… Un simple Flappy Bird que vous faites en une heure grace à un tutoriel sur internet ? Comptez entre 5 et 10€ si vous êtes étudiant. Professionnel ? Comptez déjà une heure pour laquelle vous seriez payé au travail (10.47€ brut pour le SMIC horaire si je suis à jour), plus, tout ce qui était indiqué précédemment, donc on va dire entre 15 et 20€. Oui, pour un Flappy Bird, dont toutes les lignes de codes vous sont données, et les images fournies.
Maintenant, supposons que vous faites vous-même les graphismes, plusieurs heures supplémentaires. Vous ajoutez des fonctionnalités, de même. Et si vous créiez votre jeu de A à Z ? Allez, combien d’heures pour réfléchir à une idée, qui peut-être, ne se trouvera même pas dans le jeu ? Et si en plus, vous travailliez avec d’autres personnes ?
Peut-être que vous voyez ou je veux en venir.

Voilà pourquoi les sommes demandées sur Kickstarter ne montrent pas le vrai coût d’un jeu. Avec 25000$ ? Vous pouvez faire quelque chose, à deux ou trois personnes, sous payées, et travaillant chez elles ou dans un local avec un loyer très bas. Les quatre millions ramassés pour Bloodstained ? Ils sont sensés alimenter une centaine de personnes (si on prend tous les concernés cités dans leur campagne). A environ 50000$/an et par personne (prix d’un développeur junior, donc moins de trois ans d’expérience, ce montant est pris à titre d’exemple seulement), il n’y a de quoi payer que 80 personnes. Supposons donc qu’ils ne soient que 80. Dans les 50000$ ne sont pas compris les heures supplémentaires à rester au boulot, pas le loyer, pas l’électricité, pas internet, ni le materiel de l’entreprise. Donc, globalement, les gens devraient être payés moins non ? Non, parce que là on ne parle que de juniors, la moitié des personnes sur le projet sont normalement payées plus de 80000$/an. Bon, donc, Bloodstained, qui demandait seulement 500 000$, ca marche pas, on le voit. L’argent ramassée avec le Kickstarter ne servira qu’a en lever plus, tout comme Shenmue 3.

Donc ramasser de l’argent avec un jeu, on peut le voir, clairement, c’est bon pour le développeur. Le fait d’avoir moins de piratage, influe directement sur les ventes, et donc l’argent obtenu. Vous vous en doutiez. Et puis, d’un point de vue plus humain, même si vous appréciez le jeu, le fait que le dev voit le nombre de ventes et reçoive une partie des benefices, c’est une sorte de remerciement de votre part (du moins c’est comme ça que je le vois). Vous me direz « oui mais non, il est juste payé pour ce qu’il fait », mais non. Car, ce qu’il à fait, le jeu, il est sorti, terminé, il n’y a plus rien à faire dessus (sauf patchs, mais meme ça c’est pas l’argent que vous donnez en achetant ce jeu qui paye le programmeur). L’argent payé lorsque vous achetez un jeu, va permettre au studio de rester à flot, de produire le prochain jeu, et de soutenir financièrement l’équipe qui va travailler sur ce futur jeu. Peut-être que ce sera la prochaine année, ou les deux ou trois prochaines, en fonction des ventes. Chaque piratage, c’est des jours, des semaines, des mois en moins sur ce « temps de survie » du studio.

Oui, c’est mélodramatique, je sais, mais c’est malheureusement la vérité. Chaque vente compte. Meme ceux en soldes. Robert Zoyde (@werezompire), programmeur a Zeboyd Games, l’a dit lui-meme, les soldes, c’est bon. Tout comme Mike Bithell, créateur de Thomas Was Alone, a déclaré que si le jeu ne s’était pas vendu en soldes, Volume (son nouveau jeu sorti en Août) ne serait pas terminé avant plusieurs années car il aurait du prendre un autre job pour payer son train de vie.

Oui, je suis de ceux qui disent « achète le jeu pour respecter le créateur » parce que j’en suis un, mais également parce qu’on est pas obligé de jouer à un jeu le jour de sa sortie. Attendre les soldes si vous n’avez pas les moyens, ce n’est pas grave. Prendre une dizaine de jeux dans un Humble Bundle pour 15$, et alors ? L’acheter le jour de sa sortie si vous le voulez « tout de suite », à plein prix, est aussi quelque chose de bien, faites ce que vous voulez, en fonction de votre budget.

Le mauvais

D’un point de vue joueur, le piratage, c’est sur que c’est attirant. Oui, ne pas payer pour jouer, enfin, sur PC. Un peu sur console aussi, à condition qu’on ne veuille pas jouer sur le net. Et sur DS ou PSP ? Oh, oui ! Le nombre d’heures sur émulateurs qui ont pu être passées sur ces deux consoles. Mais le problème, c’est que pour qu’on ait des jeux pirates, il faut que des équipes de hackers travaillent à les cracker. Cela prend du temps, du « try and retry » et la plupart du temps, passer un premier obstacle n’est que le début, car deux ou trois heures ensuite dans le jeu, il y aura un autre blocage pour les joueurs sur le jeu piraté.

Oui, on a des versions piratées directement publiées par les créateurs: Batman (Arkham Asylum) et sa cape trouée qui lui fait se casser la figure, Serious Sam et son scorpion géant hurleur qui vous one-shot et vous poursuit à travers tout le jeu. Du grand LOL comme certains disent sur les internet. Mais il y a également les versions officielles, pleines de blocages, dans le but de rendre le piratage plus difficile, où chaque problème nécessite un patch.

Des « DRM » pour Digital Rights Management (Gestion des droits numériques en bon François), mini programmes utilisés pour s’assurer que vous ne brisez pas les copyrights, et, que le jeu que vous avez acheté ne fonctionne que dans les conditions décidées par les ayants-droits (la plupart du temps, des gars en costume, avec des gros cigares). C’est eux qui vous embêtent pour que vous entriez la clé-cd de Diablo 2, vous forçait à avoir le cd dans le lecteur pour jouer à Age of Empire 2 ou Tomb Raider. Et c’est eux qui font en sortent que votre jeu acheté avec votre argent, n’est pas vraiment à vous. Car tant qu’il y a un DRM, cela veut dire que l’objet appartient au détenteur de l’ayant droit. Même Microsoft à essayé de vous empêcher de revendre votre licence Windows (source).

« Mais dans un monde régit par Steam, Origin et UPlay, y a plus de DRM » me direz-vous. Et bien si. Chacun de ces services, s’il ferme, ne vous donnera plus accès à votre bibliothèque. Donc, vous perdrez tous vos jeux. Du moins, c’est ce qu’il se passerait aujourd’hui, la Cour Européenne se battant pour que ce ne soit pas le cas (les droits du consommateur qu’ils appellent ça).

La presence de ces DRM, c’est ce que retirent les pirates. Ils vous donnent la possibilité d’avoir des jeux « à vous », et puis c’est tout. Youpi, vive les pirates, hein ? Ouais, mais pas trop non plus, il y a aussi des moyens légaux d’avoir ça, notamment en passant par GOG (Good Old Games). Alors ouais, y a pas tous les derniers jeux sortis (y a The Witcher 3 !), mais c’est un début. C’est bien beau d’encenser les pirates, mais il y a des limites.

Le point

Donc, qu’est-ce qu’on doit conclure de ces groupes pirates qui prédisent la fin de leur ère ? Et bien, d’un côté, c’est bien, et d’un autre non (au cas où ne vous ne l’ayez pas encore compris).

Evidemment, il y a des avantages à avoir des jeux piratés, mais en même temps, des solutions apparaissent, très doucement. Comme dans le monde du cinema, ou le streaming légal (Netflix, Canalplay, Wakanim, Crunchyroll) surpasse désormais de très loin les téléchargements illégaux, cela arrivera sûrement dans le jeu. On a déjà pu le voir avec EA Access ou encore le Playstation Now. Malheureusement, là encore, rien ne vous appartient, et qu’arrive-t-il si le service ferme ? Vous perdez accès à tout ce que vous désiriez avant; dur. Mais la présence de magasins sans DRM est aussi un bon signe qu’il est possible que cela change dans le futur.

Mais en même temps, on risque d’avoir des jeux qui seront possiblement meilleurs (notez le « possible »). Avec plus de fonds venant de leurs jeux précédents, les studios pourront produire des jeux de meilleure qualité. En achetant un jeu qui vous a plu, en fonction de la date à laquelle vous l’achetez (proche de la sortie ou quelques années après), vous « votez » pour dire si vous voulez des jeux du même genre ou même des suites. Et, évidemment, on risque de voir moins de studios qui ferment après avoir sorti seulement « un ou deux jeux » (rappelez vous que chaque jeu peut valoir des millions).

Personnellement, je suis aussi partagé que cet article. De ma position de développeur, je suis heureux de savoir que mon travail sera plus récompensé (à condition qu’il soit bon évidemment). Et en tant que joueur, j’ai peur de perdre la possibilité « d’essayer » les jeux pour lesquels je restais sur la défensive (si le jeu me plait après 2-3h, je l’achète). Mais également le fait que l’on risque à un moment de se retrouver avec des ludothèques vides parce que Steam, Microsoft ou Sony auront fermé.

J’espère en tout cas que mon analyse minimale vous aura fait un peu réfléchir, et vous aura mis au courant de l’évolution probable du marché. Pour ceux qui piratent leur jeu, vous savez au moins pourquoi ils ont parfois un peu de retard par rapport à la date de sortie.

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