Médias et Jeux Vidéo ou la théorie du zombie gamer

Jouez-vous aux jeux vidéo? Oui? Alors vous êtes un meurtrier en puissance,

que dis-je, un dangereux psychopathe zombifié par votre pratique !

Zombie Gamer 1C’est hélas le message véhiculé par nos médias nationaux (et internationaux). Je n’avais pas prévu ce billet d’humeur, considérant que d’autres personnes mieux placées pour en parler avaient déjà réagi sur le sujet. Cependant, après ce que j’ai entendu aujourd’hui, j’ai décidé de prendre ma plume et de l’ajouter au débat.

La journée avait pourtant bien commencée. Les différents sites de jeux vidéo ne parlaient que d’une chose ou presque: GTA V. Records de vente, tests, vidéos du jeu, codes et autres pétitions pour son adaptation sur PC pullulaient un peu partout. N’étant pas intéressé par le jeu, j’ai passé mon tour. Je continue mon tour quotidien du web et je constate avec surprise que le dernier jeu de Rockstar est en tête des sujets médias dans les actualités de Google. Agréablement surpris d’ailleurs, ni le Point, ni le Figaro, ni même le Parisien ne se sont acharnés sur le caractère subversif et violent de GTA V. Mieux, certains comme France Info, à travers un article particulièrement bien fichu, l’élevaient au rang d’objet culturel. (je vous invite d’ailleurs à y jeter un œil ici.

Hélas, c’était trop beau pour être vrai, il reste des partisans du «jeu vidéo transforme nos enfants en tueurs, zombies, etc ». En effet, alors que j’écoutais l’une de mes radios favorites: RTL,  je tombe sur l’émission Les Auditeurs ont la Parole. Je vous laisse imaginer le drame qui s’en ait suivi : au sondage « les jeux vidéos sont-ils dangereux? », 60% des gens ont répondu « oui » pour seulement 35% « non »; ce à quoi l’animatrice qui ne cachait pas sa préférence depuis le début, avait ajouté d’une voix triomphante : »comme quoi, c’est clair et net » (j’exagère un peu, elle n’a pas utilisé exactement ces termes, mais c’est exactement le sentiment qui en ressortait). Quelle déception! Je pensais naïvement peut-être que cette radio ne tomberait pas dans cette critique facile du jeu vidéo.

L’un des auditeurs laissa par la suite le message : »Il faut que les développeurs fassent des jeux ludiques et pédagogiques, avec plus d’histoire, plus de géographie et d’actualité ». Ce monsieur avait-il pris la peine de se renseigner sur le sujet, voir de jouer à un jeu vidéo avant de poster cela ? Je ne pense pas car il aurait su par exemple, que les derniers GTA étaient des critiques acerbes du rêve Américain. J’en prends pour preuve les trois protagonistes principaux de GTA V: un jeune de banlieue qui survit grâce à diverses escroqueries, un ancien truand richissime reconverti en père de famille et un type qui est totalement en phase avec les règles de la rue. Et GTA IV ? Un immigré slave, ancien soldat de la guerre civile yougoslave découvrant le revers dudit rêve Américain. L’actualité est plus que présente dans les jeux vidéo. Le monsieur veut de l’histoire? Faut-il encore rappeler les excellents Age of Empires, Civilization et autres Europa Universalis, pour ne citer qu’eux ?

Ce n’est pas tout, une autre auditrice m’a fait bondir et m’a même convaincu d’appeler la radio pour participer au débat (en vain, le standard était saturé). Elle racontait que les jeux vidéo ont transformé son gentil fils, premier de la classe et pratiquant de tir-à-l’arc, en un zombie n’ayant plus de vie ; et ce depuis qu’il a commencé à jouer au « jeu-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom », « le pire de tous les jeux, celui dont on parle souvent à la télévision, celui avec les elfes« . Oui, son fils a été transformé en « zombie gamer » par World of Warcraft.

Zombie Gamer 2

/!\ Attention, joueurs de Wow en approche /!\

Inquiétant non? Surtout que des psychologues lui ont affirmé le jeu était bien là cause du changement de comportement de son fils! D’autres lui ont dit le contraire, mais l’être humain aime choisir la vérité qui lui plaît le plus. Pourtant, elle expose elle-même la vérité sur l’état actuel de son fils sans pour autant s’amender : elle ne s’entendait plus avec le père de l’enfant (que l’on appellera Bob le Zombie) et ils ont donc fini par se séparer après de nombreuses disputes quotidiennes en présence de son fils, ou non. A-t-elle une idée des ravages que cette situation peut produire sur un enfant ? Sait-elle comment cela est vécu par cet enfant quand il est allongé dans son lit chaque nuit, cherchant le sommeil en vain ? Bien sûr que non ! Un climat familial difficile ne peut pas être la cause poussant un enfant/adolescent à se réfugier dans un monde virtuel bien plus accueillant que sa triste réalité. Il est tellement difficile pour les parents de reconnaître leurs tords et tellement plus simple de se trouver un bouc émissaire. Elle alla jusqu’à raconter que Bob le Zombie l’empêchait de dormir si elle avait le « malheur » de lui confisquer les câbles d’alimentation du PC. Là encore, il ne peut s’agir d’une crise d’adolescent se révoltant contre la tyrannie maternelle pour se venger des souffrances que cette dernière lui fait subir avec cette ambiance familiale détériorée… Non ! Pour elle, c’est forcément une conséquence de la zombification subie par Bob à cause de son « addiction » à WOW.

Le jeu vidéo est le bouc émissaire de notre époque. Il est tellement plus simple de présenter quelque chose comme étant le coupable plutôt que de reconnaître ses propres erreurs. Il est tellement plus rassurant de se dire que si son voisin a pété un plomb et tué 14 innocents en pleine rue, c’est parce qu’il jouait à Call of Duty

Pourquoi certains joueurs en arrivent là? Parce que l’esprit humain n’est pas parfait. Les psychopathes et les meurtriers ont toujours existé. Je ne pense pas que Jack l’Éventreur était un joueur de Call of Duty ou que Ted Bundy fut un champion de Pong.

Alors, quel est le problème? Oui, il arrive que des gamers pètent un câble, deviennent asociales, ou tuent des gens mais ça arrive aussi que des mangeurs de carotte se mettent à tuer des gens… Est-ce pour autant la faute des carottes? Non ! Au XIXème siècle, on accusait les romans à l’eau de rose de pervertir l’esprit des jeunes filles en fleurs. Il y a 60 ans, le Rock’n’Roll était le responsable de la recrudescence des drogués et des punks, tout comme le Metal dans les années 80. Toujours dans les années 80, on accusa les jeux de rôles de pervertir la jeunesse. Aujourd’hui, les principaux responsables sont le cinéma et les jeux vidéo. On se rappelle de la sortie du dernier Batman et de la tuerie aux Etats Unis qui avait accueillie sa sortie et du débat qui en découla.

Je prends un exemple personnel: j’ai vingt ans, je suis en deuxième année de Droit, je fréquente régulièrement une salle de musculation et pourtant je joue parfois plus de cinq heures par jour aux jeux vidéo, même à cette « abomination » qu’est WOW ! Pourtant, sans exagérer, je dois lire plus que bon nombre des « anti-jeux vidéo » primaires, je m’intéresse à l’art, à la culture et aux avancées de la science et je compte même me remettre au théâtre. Serais-je une exception? Certainement pas ! 95% des joueurs sont comme moi, c’est bien sûr un pourcentage totalement arbitraire, je n’ai aucune étude qui me l’indique, je fais juste preuve de bon sens aux vues des personnes de mon entourage. Il existe bien sûr des individus qui passent leur vie à jouer, tout comme il en existe qui passent leur vie au travail au point d’en oublier leur vie de famille ou d’autres encore qui passent leur temps à lire au point de se couper du monde (rappelez-vous, XIXème siècle, roman à l’eau de rose, jeunes filles en fleurs, perversion, tout ça…). J’ai commencé à jouer avec Pokémon quand j’avais dix ans, est-ce que je me balade à travers le pays pour attraper des animaux et les faire combattre en eux? Non. J’ai joué à GTA quand j’avais 15 ans, est-ce que j’ai rejoins un gang? Non! Je joue à Hitman, à WOW et d’autres jeux, ai-je déjà tué quelqu’un? Non!  Ai-je déjà eu la pulsion de tuer quelqu’un (l’envie, on l’a tous un jour ou l’autre, mais ce n’est pas pour autant que l’on passe à l’acte)? Non!

Il arrive que cela joue, bien sûr mais entre la télé, le cinéma, la pub, l’environnement, etc, ce n’est qu’un fragment de la responsabilité. Sur des millions de joueurs, moins d’une dizaine passeront à l’acte. Alors, faut-il considérer chaque gamer comme des psychopathes en puissance? Jouer à Call of Duty fait-il d’un suspect un coupable?

Je ne dis pas que les jeux vidéo tels que Call of Duty ou GTA V sont sans danger sur les plus jeunes. Forcément, il ne faut pas les laisser avec ce genre de jeu entre les mains, les classifications sur les boîtes des jeux ne sont pas là par hasard (PEGI en Europe), c’est une responsabilité parentale ! Après tout, vous ne laisseriez pas un enfant regarder un film porno ou un spuff movie. De la même manière, vous ne le laisseriez pas lire des romans tels que 50 Nuances de Grey ou même regarder les informations lorsqu’elles diffusent les images du conflit syrien !

C’est pour tous cela qu’il faut que les parents jouent leur rôle, pourtant, bon nombre d’entre eux ne sont ni prêts à l’assumer, ni prêts à accepter leur propres échecs.

avatar Publié par le 17 septembre 2013. Classé dans à la une, Dossiers. Vous pouvez suivre les réponses de cet article via le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

6 Réponses pour Médias et Jeux Vidéo ou la théorie du zombie gamer

  1. Que dire d’autre à part : « J’aime » 🙂

  2. Magnifique, brillant, criant de vérité, toi j’te vois j’te fais l’amour dans tes fesses sans problème Loursa !

  3. J’ai adoré ton article j’suis triste comme toi de cette état de fait.

    Moi mon rêve c’est que le média jeu vidéo soit reconnu par tous comme l’équivalent du cinéma de la littérature toussa toussa… j’pense pas avoir à convaincre grand monde la dessus ici.

    On a les jeux pour, l’industrie est mature pour ça, le publique enfant n’est plus le seul viser.

    Mais d’un autre coté quand tu vois l’affaire Gamekult vs Gameblog. La communauté dans ce qu’elle a de plus relou (sur twitter, dans les jeux en multi bref dans ce qu’elle a de plus publique…)

    Est ce que c’est pas de la que viens le problème ?

    • Je ne penses pas que le problème vient de là. Des cons, il y en a toujours. Et les communautés internet ne sont pas les mêmes que les communautés des jeux vidéos… Ou plutôt ils n’ont pas le même comportement. N’importe quel Youtuber tu le diras, le public du net a un comportement radicalement différemment que le public des conventions.

      La « faute » à l’anonymat d’Internet, et le fait de se cacher derrière un écran. On en revient au final au problème de la nature humaine.

      Après, il y a toujours des mecs pour venir te cracher à la gueule en face juste parce que t’es « célèbre », mais bon… Les cons, ça existera toujours, et pas que dans cette communauté.

      Et puis, si tu regardes dans le passé, le public de théâtre du temps de Molière n’avait rien à envier aux troll du net actuel.

  4. Salut Loursa! Bien d’accord avec toi sur tous les points. Je joue au jeux vidéos depuis 6 ans et j’y joue toujours (bon ok je n’en ai actuellement que 14 mais on s’en fou c’est pas ça qui compte ^^) et en aucun point je ne susi déconnecté du monde: je me cultive, je lis, je joue de la guitare, je fais du sport ma vie sociale me convient parfaitement même si il m’arrive de passer 8H d’affiler sur mon MMORPG préféré WoW (parfois en ta compagnie d’ailleurs :p)

    bref encore une fois super article bien drôle et tous et ne t’inquiète pas au prochain effet culturel ce dernier sera la source de tous les maux et on n’entendra plus parler des jeux vidéos 😉

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