[Rétrospective] Assouvir son vampirisme

Il y a quelques semaines, je discutais de Vampyr, le jeu de Dontnod qui a franchi récemment le million d’unités vendues avec Okay, mon sensei JV. Peu de temps après vint l’annonce surprise d’un nouveau jeu Vampire Bloodlines, série dont les 2 premiers volets m’ont marqué il y a presque 20 ans. Clairement, les astres sont alignés pour replonger dans les jeux de Vampire (si jamais une telle dénomination peut s’appliquer). Ça me semble une occasion parfaite pour faire un petit tour des œuvres les plus marquantes, dans lesquelles on préside à la destinée d’un suceur de sang, qui ne sont en fait pas si nombreuses que ça et surtout de qualités diverses.

L’idée n’est pas ici de s’attarder sur des titres dans lesquels on ne fait que croiser des vampires, comme Skyrim – malgré son extension Dawnguard – ou The Witcher, mais bien de faire un petit tour (évidemment non exhaustif) des titres remarquables qui nous mettent dans la peau d’un descendant de Nosferatu. On y retrouve principalement des jeux d’action (avec ou sans plates-formes) ou des RPG. Si certains jouissent d’un succès d’estime (et parfois commercial également), peu sont devenus des séries légendaires. Car hormis Castlevania, qui peut se targuer d’une longévité et d’un engouement sur une longue période?

Lestat des lieux

Honneur forcément à la plus durable et iconique saga mettant en scène un gentil monsieur chassant le nec plus ultra des méchants aux dents pointues : Dracula lui-même. Depuis le premier opus, on incarne régulièrement des membres de la branche Belmont pour exterminer les métamorphes et leurs leaders. Les différents jeux sortis (une petite trentaine si je ne dis pas de bêtise) aussi bien sur consoles de salon que portables ont connus des hauts – Castlevania, Super Castlevania 4, Symphony of the Nights – et des bas – Legacy of Darkness, Harmony of Despair, Judgment. La série a beaucoup évolué, s’est aussi pas mal cherchée par moments, tout en restant généralement adossé à une base mêlant plate-forme et action au niveau de difficulté corsé. C’est un peu moins vrai pour les simili reboot de 2010 sur PlayStation 3/ Xbox 360, mais l’identité de la saga repose autant sur ce gameplay que sur son lore. La série a tout de même participé à l’identification d’un genre, le metroidvania.

Cependant, depuis Lords of Shadow 2 sorti en 2014 sur la génération précédente, pas grand-chose à se mettre sous la dent pointue. Castlevania semble en sommeil, probablement en gestation dans un cercueil confortable, et on espère tous quelque part revoir un jeu arriver. Ne reste pour le moment que le rétrogaming pour profiter des meilleurs opus de la série, assez nombreux fort heureusement. Sinon, quelques espoirs restent permis avec la sortie prochaine de Bloodstained, clone/spin-off conçu par le producteur Koji Igarashi ayant opéré sur Symphony of the Nights, qui devrait arriver courant juin après une carrière Kickstarter réussie mais quelques reports. Sinon, il y a une super série animée sur Netflix, scénarisée par le génial Warren Ellis.
En résumé : retro gaming ou Anniversary Collection sortie le 16 mai dernier pour se refaire une dixième fois les meilleurs épisodes

Puisque cette source sanguine semble pour le moment tarie, on peut regarder de l’autre côté du spectre et se pencher sur la branche RPG. En l’occurrence Vampire La Mascarade et ses 2 jeux très appréciés des connaisseurs mais un peu méconnus du grand public. Leur sortie en 2000 (pour Redemption) et 2004 (pour Bloodlines) les a un peu fait disparaître des radars, d’autant qu’aucun remaster n’est en vue. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, puisque cela laisse de l’espace à Bloodlines 2, qui devrait arriver durant le premier trimestre 2020. En bons CRPG des familles, je ne vous cache pas que ma préférence all-time va à ces 2 là (et j’espère au futur 3e larron).

En terme de contenu et de mécaniques, les jeux sont basés sur le jeu de rôle papier éponyme, tiré de l’univers du Monde des Ténèbres, dont la 5e édition « 20e anniversaire » est sortie en 2014. Très apprécié des rôlistes, le contenu et la profondeur de l’histoire en font un parfait candidat à un portage vidéo-ludique. Cependant, les itérations Redemption et Bloodlines ont un tantinet été réorientés sur l’action pour dynamiser l’expérience tout en conservant un univers riche. Les différentes races de vampires, du plus bestial au plus noble en passant par le magique, offrent une vraie expérience renouvelée et des gameplays distincts. Malheureusement pas exempts de bugs, les 2 opus ont connu un certain succès avant de tomber un peu aux oubliettes mais restent disponibles sur Steam et GOG pour se faire la main avant l’arrivée de Bloodlines 2.
En résumé : sessions de préparation en faisant fi des graphismes qui ont bien vieilli tout en profitant de la qualité des dialogues.

Death is strange

Le dernier en date est une production frenchy nous venant de Dontnod, déjà aux commandes des remarquables Remember Me et Life is Strange. Dans la peau d’un riche et talentueux chirurgien converti en vampire par un obscur immortel, on recherche un moyen de guérir de cette condition tragique tout en profitant de l’occasion pour combattre l’épidémie de grippe espagnole qui décime Londres. Le gameplay se divise en 2 phases, les combats et l’enquête. La trame scénaristique est solide et devoir parler à tous les PNJ n’est pas qu’une cosmétique liée aux quêtes : en connaissant mieux les personnages, s’en nourrir fera gagner plus d’expérience. Le concept est vraiment astucieux et force à des choix forts dans la sélection des victimes et leur nombre car beaucoup se nourrir permet de gravir plus rapidement les niveaux.

Malheureusement, le système de combat est très simple – limite simpliste – et rend les phases d’action au mieux anecdotiques. Surprenant venant du studio qui a conçu les combos remarquables de Remember Me. L’ambiance est très bien rendue, l’atmosphère glauque et pesante d’un Londres hanté par la maladie procure de super sensations et le concept d’enquête compense des fights insipides. Sorti l’année dernière, le jeu est disponible sur le Xbox Game Pass et souvent trouvable à petit prix sur les stores PS4 et PC. Dans un autre style, c’est une bonne diversification.
En résumé : plus récent (donc moins agressif pour la rétine), dispo sur les consoles actuelles, c’est l’occasion de vivre son vampirisme différemment.

Puisqu’on est sur de l’enquête, on peut aussi jeter un œil rapidement sur les jeux Dracula. Sans remonter aux versions sorties sur Amstrad, Commodore ou même NES, il y a toute une série initiée à la fin des 90’s qui mérite vraiment le coup d’œil. Les fans de Myst, L’Amerzone ou encore Atlantis avaient pu en 1999 gambader dans des décors pré-calculés en 3D de Dracula Resurrection, superbes pour l’époque, dans la peau de Jonathan Harker, le héros du livre de Bram Stoker. Pensé comme une suite à ce chef d’œuvre et édité par France Télécom / Canal Plus (histoire d’insister sur le fait qu’on était vraiment dans une autre époque du JV). Aucun combat à l’horizon mais de l’exploration et de la discute avec les locaux pour sauver une nouvelle fois Mina des griffes sans ombres du légendaire vampire. C’est très proche de ce que propose aujourd’hui Vampyr sur son aspect enquête, avec 20 ans d’innovations en moins tout de même.

Le filon n’a pas manqué d’être exploité car un paquet de suites verront le jour. The Last Sanctuary, où Harker va chercher à tuer tonton D pour libérer définitivement Mina – d’aussi bonne facture que le premier – puis The Path of the Dragon dans lequel on incarne un prêtre envoyé par le Vatican pour enquêter sur la mort d’une femme – assez moyen. Vient alors Dracula Origin en 2008 qui enchaîne les ratés avec le ridicule en nous faisant incarner Van Helsing – à fuir. Enfin, Dracula 4 et 5 à partir de 2013 qui ne peuvent être joués séparément puisque l’histoire est répartie sur les 2 titres – pas mauvais mais pas bon non plus. A l’instar de la majorité des autres titres cités, les 6 jeux sont trouvables sur des plateforme type GOG ou Steam à prix réduit, pas de remaster en vue (et c’est pas plus mal).
En résumé : vrai changement de style, les deux premiers sortent clairement du lot, à tenter pour des soirées calmes en mode détective du dimanche.

Les ailes du désir

Dans un univers vraiment différent puisqu’on quitte notre « réalité » vampirique et notre monde pour Nosgoth et la saga Blood Omen : Legacy of Kain. Un bon bouquin est sorti récemment aux éditions Third et en parlera bien mieux que moi, ça se passe ici pour les nostalgiques. Le premier jeu nous a fait oublier ses lacunes techniques par son ambiance géniale et malsaine tout en posant les fondations d’un univers intéressant. Mélange entre RPG et action, Kain pouvait (et devait) se sustenter en buvant bruyamment le sang des villageois croisés pour accomplir sa vengeance. Bizarrement, le jeu n’existe pas sur les plateformes dématérialisées, probablement pour une sombre histoire de droits.

Sa suite est bien plus connue (et bien meilleure) : Soul Reaver. Sous les traits de Raziel, lieutenant de Kain laissé pour mort par celui-ci pour avoir osé obtenir des ailes avant lui, on avale des âmes et on switche entre les mondes pour renverser notre vilain papounet. La fin en a laissé plus d’un sur sa faim, et les différentes suites oscilleront entre le bon et le mauvais tout en mélangeant tout et n’importe quoi scénaristiquement. Soul Reaver 2, Blood Omen 2 et Defiance restent agréables à jouer (bon OK, pas Defiance) mais n’apportent pas grand-chose. Fort heureusement, Soul Reaver premier du nom est dispo un peu partout pour se refaire un kif avec ses bruits de pas si reconnaissables (et son intro fabuleuse).
En résumé : prendre le temps de refaire Soul Reaver tout en lancant une pétition pour en sortir un nouveau (au pire un remaster bien travaillé)

Je sais qu’il y a parmi nous des âmes plus directes, qui s’embarrassent moins de certains détails. A ceux-là Bloodrayne (2003) est destiné. Plutôt inégal dans sa conception, pas vilain mais pas superbe, assez maniable mais pas parfait, le jeu est assez quelconque niveau scénario et se focalise sur la castagne. Clone de Devil May Cry, Rayne peut manier aussi bien ses deux lames accrochées aux avant-bras que les flingues qu’elle ramasse sur les cadavres exsangues de ses ennemis. L’objectif est bien évidemment de tuer cet étrange scientifique nazi tout en buvant le sang qui n’a pas été utilisé pour repeindre les murs.

Sa suite est un poil meilleure, la troisième itération (Betrayal, sortie en 2013) abandonnera la 3D pour une 2D en scrolling latéral. Le design y est un peu plus inspiré mais le gameplay toujours bancal. Au final, ces 3 jeux sont justes de bons défouloirs pour celles et ceux qui veulent profiter d’un peu d’action sanguinolente. A noter, de sublimes nanars furent tirés de cette série pour le cinéma (dont un alléchant Bloodrayne 3 – Blood Reich dont le seul titre laisse augurer du meilleur).
En résumé : A réserver à des sessions défouloirs si jamais des soldes font leur office sur la série

Côté classique, on peut citer également Darkstalkers (sorti au Japon sous le nom de Vampire), qui est un jeu de combat de Capcom comme les années 90 ont su en produire à la pelle. Hormis la caractérisation des personnages, pas vraiment d’histoire approfondie ou de vraie empreinte « vampire » qui permette d’inclure cette série plutôt appréciée dans la catégorie des immanquables du genre vampirique.

Buffy garni

Si jamais vous avez déjà épuisé tout le catalogue mentionné ci-dessus, il existe bien sûr une pelletée d’autres jeux nous confrontant à des suceurs de sang. Pour celles et ceux qui recherchent des sensations fortes, je peux déjà vous conseiller le rire avec Vampire Rain. Imaginez un jeu d’infiltration, dans lequel votre avatar humain déguisé en Sam Fischer mais sans ses compétences doit s’infiltrer pour éradiquer ces hordes de vampire qui dominent maintenant le monde. Tout est mauvais, du scénario au gameplay en passant pas les cinématiques et donc à prendre au quarantième degré pour oublier que le jeu essayait d’être sérieux.
On peut aussi citer A Vampire Story, jeu d’aventure ultra classique ; Buffy contre les vampires dont vous pouvez déjà imaginer la qualité ; Nosferatu the Wrath of Malachi en survival/action plutôt raté ; le très mauvais Dark qui tente un mix d’infiltration et de RPG également.

Tout ça pour ça, me direz vous. 2000 mots pour nous parler d’un seul jeu conçu et disponible pour les consoles et PC actuels ? Effectivement, le jeu de vampire reste un genre peu représenté et de surcroît ne déborde pas de chefs-d’œuvre. Hormis Castlevania Anniversary et Vampyr, il n’y a rien ou presque à mâchouiller pour les consoleux, quand les PCistes disposent d’une offre plus intéressante pour qui voudrait se relancer sur d’anciennes perles. Autant dire que j’attends Bloodlines 2 avec une énorme impatience mais il ne sortira apparemment que sur PC. Ne reste plus qu’à espérer qu’une version console arrive également, avec pourquoi pas quelques relaunchs des séries citées ici ou de nouvelles IP qui nous permettraient de replonger dans la consommation (avec modération) de sang. On sang reparle à sa sortie.

avatar Publié par le 5 juin 2019. Classé dans à la une, News. Vous pouvez suivre les réponses de cet article via le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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