Chanson douce – Leïla Slimani

Il y a des débuts de romans qui marquent plus que d’autres. On pourrait citer l’incipit de « L’Étranger » de Camus, qui est sûrement le plus célèbre de la littérature française : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ».
Le livre dont je veux vous parler aujourd’hui contient lui aussi sa « phrase choc », un incipit qui ne laisse pas indifférent.

« Chanson douce », publié en 2016, est le second roman de Leïla Slimani, et c’est aussi le gagnant du prestigieux prix Goncourt de la même année. (Eh oui, étonnamment, je ne lis pas que du Stephen King ou du J.K. Rowling !)
Ce livre nous raconte l’histoire de Myriam et de Paul, un jeune couple parisien plutôt aisé, mais surtout celle de Louise, leur baby-sitter.
En effet, lorsque Myriam décide de reprendre son travail d’avocat, il lui faut bien évidemment trouver une nounou pour ses deux adorables bambins, Mila et Adam, et elle trouve en Louise la perle rare, la Mary Poppins de Paris: elle s’entend à merveille avec les enfants, mais aussi range la maison, concocte de merveilleux petits plats pour la famille… Comment alors se fait-il qu’un jour, la nounou parfaite décide d’assassiner de sang-froid les deux anges  qu’elle a sous sa surveillance ?

Bon, d’accord, ce n’est pas du Stephen King, mais même quand je lis des romans primés, ils sont plutôt sombres.
Cependant, si, avec ce résumé, vous vous attendez à lire le périple d’une tueuse de bébés psychopathe et cruelle, vous ne trouverez pas votre bonheur ici… Et si vous pensez que je vous ai déjà tout spoilé, le livre nous plonge directement dans le bain, avec ces premières phrases, choquantes, mais aussi terriblement tristes : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. »
« Chanson Douce » n’est pas un roman policier : ici, ce se sont pas pas le « qui » ou « comment » du meurtre qui sont importants, c’est le « pourquoi ».
En effet, si le premier chapitre concerne le meurtre des enfants, le reste du roman n’est qu’une analepse (ou un retour en arrière si vous préférez) où l’on va suivre la destinée de Louise, de son embauche chez Myriam et Paul jusqu’à son geste fatal, en passant par la dépendance mutuelle qui va s’installer entre le couple et la nourrice…

Et d’ailleurs, parlons-en de cette Louise.
Je dois avouer que je n’ai pas aimé ce personnage.
« KEUWA, tu veux dire que tu n’as pas aimé une femme qui assassine de sang-froid deux pauvres bambins innocents ? »
Oui bon, évidemment, dit comme ça, ce personnage n’est pas fait pour être aimé. Mais ce n’est pas seulement pour ça que je ne l’ai pas appréciée.
En lisant le résumé, on peut s’attendre à tomber sur une femme froide, malveillante, manipulatrice peut-être, mais certainement cruelle… Et Louise n’est pas comme ça. En fait, Louise est une femme d’un certain âge, maigre, sensible, fragile. Très fragile. Un peu trop même.
On a ici affaire à une femme effacée, qui ne vit que pour son métier, qui se laisse parfois marcher dessus, et c’est tout de même frustrant au bout d’un moment…

Mais attention, si je n’ai pas aimé Louise, ça ne veut pas dire que je n’ai pas aimé le roman ! (Bon, en fait je ne l’ai pas adoré non plus hein, je suis un peu mitigée, mais je vois bien que c’est un bon roman.)
Si Louise est le personnage que l’on suit le plus, à travers « Chanson Douce », c’est un portrait de la France (ou ici, au moins de Paris) dans sa diversité que dresse Leïla Slimani, et c’est un point que j’ai trouvé très intéressant !
Il y a Myriam, trentenaire parisienne d’origine marocaine, qui décide de reprendre sa vie en main, de ne plus seulement être une mère, mais d’être aussi une femme active, une grande avocate. Il y a Stéphanie, la fille de Louise, qui a été une enfant terrible, renvoyée de l’école, vulgaire, grosse. Il y a Wafa, une autre nounou, très bavarde, qui va épouser un homme dans le but d’avoir des papiers français…
Bref, vous l’aurez compris, les différences culturelles et sociales sont au cœur de ce roman, et c’est sans doute ce qui lui a valu de remporter le prestigieux prix Goncourt.

Pour conclure, je dirais que ce livre n’est pas pour tout le monde : malgré son intrigue apparemment sombre, c’est un roman qui prend son temps, parfois un peu trop, et qui est ultra-réaliste (sans grands retournements de situation ou personnages excentriques), et ça ne plaira pas à tout le monde. (Bon je dis ça parce qu’on est sur un site de jeux-vidéo et que je vous imagine plus lire des livres fantastiques, de science-fiction ou de fantasy, comme moi, mais je suis sûre qu’il y a ici des gens qui aiment la littérature française plus exigeante, voire « classique », et qui pourront adorer ce livre.)
Donc, malgré tout cela, et le fait qu’il s’éloigne beaucoup de ce que je lis habituellement, je vois les qualités indéniables de « Chanson douce », et c’est un livre qui m’a, au final, plutôt convaincue.

avatar Publié par le 4 janvier 2019. Classé dans à la une, Book Inferno. Vous pouvez suivre les réponses de cet article via le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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