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[Avis] Twin Mirror: A Link to the past

A la fin des années 2000, Dontnod, studio parisien ouvrait ses portes et, sortait Remember Me en 2013 avant de subir un redressement judiciaire. Sept ans plus tard, les français qui ont compté dans leurs rangs un certain Alain Damasio, ont réussi à relever la tête et, ont développé six jeux dont cinq depuis 2018. Pour accompagner les fêtes de fin d’année 2020, c’est Twin Mirror qui vient défendre l’esprit narratif de Dontnod. Premier jeu auto-édité du studio, cette nouvelle aventure donne l’impression d’une synthèse de tout ce qui a été fait depuis 2013.

Version PS4 commerciale

Disponible sur PS4, Xbox One, PC (Epic Games Store), 

Compatible sur PS5 et Xbox Series

Uniquement en téléchargement

Prix: 30€

Dire que Dontnod est un studio très productif n’est en rien une bêtise. Pour preuve, cette année, ce sont deux jeux qui sont sortis entre septembre et décembre. Tell Me Why est une exclusivité Microsoft composée de trois épisodes tandis que Twin Mirror qui se parcoure d’un bloc est disponible sur PS4, Xbox et PC. On peut également, sans trop prendre de risques, affirmer que Dontnod sait écrire des histoires et des personnages pour livrer des aventures très rythmées et bien narrées.

Sam Higgs est un journaliste d’investigation qui revient dans la petite ville de Basswood pour assister aux obsèques de son meilleur ami Nick, journaliste aussi, qui a péri dans un accident de la route. Dès les premières minutes, Sam va comprendre que quelque chose cloche dans la ville mais aussi autour du décès de son vieil ami. Il est temps pour lui de faire la lumière sur différents éléments au risque de voir de terribles conséquences affecter sa vie et son entourage.

Comme pour beaucoup de jeux sortant d’un même studio, on retrouve souvent les mêmes mécaniques que ce soit une boucle de gameplay, un style d’écriture, une direction artistique… Ici on y coupe pas. Twin Mirror est livré avec la formule Dontnod sans format épisodique. Non, le chapitrage est inclus dans la narration et il n’est pas question d’attendre un certain temps entre deux épisodes. De ce fait, grâce à une narration plutôt dynamique et intéressante, on peut se laisser assez facilement absorber. Une aspiration dans la ville de Basswood qui ne dure que trop peu de temps puisqu’il faut compter à peu près 5-6h pour faire le tour de la question. Et cette durée est évaluée en prenant le temps de fouiller chaque lieux et même revoir quelques choix narratifs.

Sam Higgs, la joie de vivre incarnée

Car dans Twin Mirror là aussi, il est question de faire des choix pour décider de l’orientation d’un dialogue, d’une relation ou d’un événement. Ces décisions importantes et lourdes de sens concernent des personnages beaucoup plus matures que ceux que nous avons croisés dans les derniers jeux de Dontnod. Ici, il est question de destin brisé, de fuite en avant, de rupture amoureuse, de crise économique. Sam, le héros, est un personnage qui a rompu avec la société et s’est enfermé dans une bulle ou chaque tentative de communication avec lui est compliquée. Il a perdu les codes des relations humaines. Il possède une acuité lui permettant d’interpréter des faits, des comportements, plus facilement que ses semblables et cela se matérialise de deux manières différentes.

Tout d’abord il y a sa faculté à se couper du monde pour se recueillir dans son esprit. Il s’est bâti ce qu’il appelle un palais mental, où il retrouve des souvenirs qui ont bouleversé sa vie et, qui sont (évidemment) en lien avec les événements de l’aventure et les personnages rencontrés. Ces phases là, font évoluer le joueur dans une sorte de monde vide, où les tourments de Sam apparaissent d’un coup et où il faut entrer en interaction avec eux. Ensuite, lorsque Sam enquête, il regroupe des preuves en fouillant un peu partout et conclut sa phase d’investigation par la simulation de ce qui a pu se passer.

Si les visites du palais mental de Sam sont plutôt intéressantes, les phases d’enquête sont souvent « éprouvantes » à cause d’une caméra paresseuse qui ne veut pas se mettre en face du bon objet ou d’une suggestion d’interaction qui peine à apparaître. De plus, la lourdeur de Sam dans ses déplacements ralentit la narration, ce qui va à l’encontre de la proposition de Dontnod. On traverse différents lieux, il y a une sorte de menace invisible qui plane sur la ville et Sam lui prend son temps pour chaque pas. Tant qu’on est à parler technique, la synchro labiale (en français) est parfois « délicate”, le doublage VF essaie de faire au mieux sans vraiment convaincre. Aussi, bien que l’ambiance soit assez pesante de par son histoire et la gravité des événements, Twin Mirror est très froid dans sa direction artistique. Tout est très gris, très pâle. C’est sûrement voulu par le studio mais à l’écran, le rendu est très étrange. Il en est de même pour les personnages qui manquent pas mal de “vie” et reste bien à leur place de PNJ. Lorsque Sam se rend dans la rue principale de Basswood, chaque personnage a sa tâche, il n’y a aucun mouvement. On se promène dans des niveaux assez « morts »

Twin Mirror est un jeu qui se traverse avec Sam mais pas que. Avec lui, il y a un personnage qui l’accompagne et que lui seul peut voir, il reflète en quelque sorte tout ce que Sam a enfoui au plus profond de lui. Il y a chez ce personnage, plus de sagesse, plus de sympathie, plus de discernement et il va tenter régulièrement d’influencer les choix du héros, en se mettant en opposition avec un personnage secondaire ou alors juste en proposant d’abréger la discussion que tient Sam. Sur l’ensemble de l’aventure, le joueur est confronté à des choix de dialogues qui au final ne vont que trop peu, voir pas du tout influencer l’histoire même si, la fin dépend clairement du joueur.

Twin Mirror est un jeu intéressant car il vient apporter un peu de nouveauté dans le genre de l’aventure narrative et les réflexions introspectives de Sam en sont les meilleurs exemples. On peut regretter que les développeurs n’aient pas poussé un peu plus loin leurs choix liés au scénario ou au gameplay. Il y avait sans aucun doute de quoi rendre Twin Mirror beaucoup plus percutant.  Globalement, on suit un thriller qui se veut dynamique mais qui pêche par des boucles de gameplay soit brillantes soit tout simplement frustrante à cause d’une technique qui agace un peu trop souvent. Dontnod fait ce qu’il sait faire de mieux, nous raconter une histoire, écrire des personnages plutôt solides, adultes, traiter de sujets importants comme la santé mentale influencée par divers événements de la vie. Peut être qu’il faut voir Twin Mirror comme une bonne synthèse des compétences de Dontnod et attendre avec impatience le prochain projet.

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